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Une discussion sur la rosacée avec Dre Shannon Humphrey

Vancouver, C.-B.

D’un point de vue dermatologique, pouvez-vous nous expliquer simplement ce qu’est la rosacée?

Alors, la rosacée est un problème de santé qui se manifeste de différentes façons. Pour certains patients, la peau devient rose et plus rouge au fil du temps. Pour d’autres, ça peut être l’apparition de vaisseaux sanguins dilatés. On constate aussi chez certaines personnes des boutons qui ressemblent à de l’acné, et parfois même des changements à la forme et à la taille de certains traits du visage, comme le nez ou le menton. Les patients présentent un ou deux ou tous ces symptômes à la fois. Ça change d’une personne à l’autre.

Que sait-on des causes de la rosacée?

On sait qu’il existe une composante héréditaire et que les personnes qui en souffrent sont génétiquement prédisposées à développer de la rosacée. La maladie se manifeste souvent au début de l’âge adulte, et sans traitement, elle progresse doucement au fil du temps. Donc, la rosacée est héréditaire, mais son développement dépend beaucoup du mode de vie et du choix de traitement. Ce sont deux aspects que l’on peut cibler pour non seulement atténuer les symptômes, mais aussi pour améliorer l’histoire naturelle de la maladie afin que la rosacée ne s’aggrave pas autant avec le temps.

Est-ce que certains groupes d’âge, genres ou profils ethniques sont plus à risque de développer de la rosacée?

Oui. Elle se manifeste généralement au début de l’âge adulte, parfois même vers 30 ans, et est plus commune chez les personnes de descendance nord-européenne ou celte. Je souffre moi-même de rosacée, du sous-type érythémato télangiectasique, ce qui veut dire que ma peau devient rose ou rouge avec le temps. Mes principaux symptômes sont des sensations de tiraillement et de brûlure.

Quels sont les aliments ou choix de vie qui peuvent contribuer à la rosacée? Je sais que certaines choses peuvent exacerber les symptômes pour certains.

Tout à fait. Alors, plusieurs choses du quotidien peuvent provoquer une poussée de rosacée. Par exemple, l’exposition au soleil et la chaleur ou le froid extrême. Le stress peut aussi être un déclencheur, tout comme la caféine, les boissons chaudes et les aliments épicés. Ce sont des choses que l’on peut modifier au quotidien pour atténuer les symptômes et ralentir la progression de la maladie.

Quels soins pour la peau conseillerez-vous aux personnes atteintes de rosacée? J’imagine que vous avez des recommandations professionnelles et personnelles.

Oui, les soins pour la peau sont un aspect souvent négligé chez les personnes atteintes de rosacée. C’est pourtant un élément clé pour minimiser les symptômes et se sentir mieux dans sa peau. Un des facteurs qui contribue aux symptômes de la rosacée est la dysfonction de la barrière cutanée. Cette barrière est la couche active de la peau qui emprisonne l’humidité et protège contre les irritants et les allergènes. Chez les personnes atteintes de rosacée, cette barrière fonctionne moins bien. D’où l’importance d’utiliser des soins pour la peau adaptés.

Je recommande donc un soin très doux au moins deux fois par jour, comme un nettoyant sans savon et un hydratant sans parfum avec protection solaire. Ces soins peuvent aider à restaurer la barrière cutanée et à donner une sensation de douceur qui minimise aussi la réactivité de la peau en scellant l’humidité et en protégeant des irritants et allergènes. Et la protection solaire aide vraiment à réduire les dommages causés par les rayons UV qui peuvent accélérer la progression de la rosacée.

À quoi pourrait ressembler un traitement dermatologique contre la rosacée? Je suppose que ça varie selon les symptômes.

Un traitement dermatologique commence par un historique de la maladie et un examen physique. Il faut donc d’abord comprendre comment la maladie impacte la vie du patient, puis analyser sa peau pour cibler quels aspects de la rosacée contribuent à l’apparence de la peau et à sa sensation. De là, on crée un traitement personnalisé. Il n’existe pas de solution unique pour tout le monde. Et c’est pourquoi les visites auprès d’un spécialiste sont aussi importantes.

Vous avez mentionné souffrir vous-même de rosacée. Qu’aimeriez-vous ajouter d’un point de vue plus personnel au dialogue général entourant la rosacée?

J’aimerais souligner que, bien que les symptômes visibles de la rosacée puissent ne pas sembler très sévères, l’impact psychologique de la maladie et ses répercussions en matière de bien-être peuvent être considérables.

Je sais que, même si ma peau semble juste un peu plus rosée de l’extérieur, j’éprouve des sensations de brûlure et des démangeaisons qui ne sont pas seulement inconfortables : elles jouent beaucoup sur ma confiance en moi. Traiter ma rosacée n’a pas seulement atténué mes symptômes, ça m’a aussi permis d’améliorer ma confiance personnelle et mon bien-être général. Je pense qu’il faut rappeler que, même si les effets physiques semblent assez bénins, un traitement adapté peut vraiment avoir une influence marquée sur la qualité de vie.

Je pense aussi qu’il est important pour les patients qui souffrent de n’importe quelle forme de rosacée de savoir qu’il existe des stratégies de traitement à court et long terme qui peuvent vraiment aider, mais qu’il s’agit toutefois d’une maladie chronique. Ce qui veut dire que c’est malheureusement pour la vie. C’est donc essentiel de collaborer avec un dermatologue pour mettre sur pied un plan à long terme qui soulagera les symptômes dans l’immédiat tout en minimisant la progression de la rosacée au fil du temps.


Dre Shannon Humphrey est une dermatologue canadienne qui pratique à Vancouver en C.-B. Elle siège au comité consultatif médical de l’Association canadienne de l’acné et de la rosacée.

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